La stupidité est un défaut moral

Des sociétés de plus en plus complexes exigent des solutions de plus en plus complexes. Nous ne pouvons les trouver que si nous y consacrons également plus d’intelligence. Pour cela, il y a deux possibilités :

  1. Assurer plus d’intelligence naturelle ;
  2. Veiller à plus d’intelligence artificielle ;

On travaille assidûment sur le second, on crée de plus en plus d’instances d’intelligence artificielle qui doivent nous faciliter le travail et en même temps occuper de nouvelles parties de l’espace d’intelligence que nous ne couvrons pas encore aujourd’hui.

Dans le premier cas, il y a plusieurs problèmes. Tout d’abord, la courbe de croissance de l’humanité s’aplatit et nous atteindrons le nombre maximum de personnes sur la planète vers 2060, soit 9,7 milliards, avant de décliner. Ensuite, on a l’impression que les gens deviennent de plus en plus stupides.

Certes, l’effet Flynn dit autre chose, à savoir que les tests auxquels les recrues sont soumises depuis un siècle montrent que l’intelligence moyenne a augmenté dans le monde entier. Mais le phénomène qui veut que nous soyons de plus en plus aptes à traiter des sujets abstraits et donc à exceller dans les tests de QI, voit également un aplatissement, voire un recul de ces tests au cours des dernières années.

Certains diront même que la bêtise est en augmentation. Le professeur de Berkeley Carlo M. Cipolla, déjà décédé, qui a étudié la stupidité et les personnes stupides et a ainsi établi 5 lois fondamentales de la stupidité humaine, n’était pas le seul à s’intéresser de près à ce sujet, le théologien luthérien Dietrich Bonhoeffer s’y est également intéressé.

La stupidité chez les nazis

Bonhoeffer était pasteur à Finkenwalde, près de Stettin, lorsqu’il fut lui-même témoin de la misanthropie de la dictature nazie. Après son arrestation, il a commencé à étudier en prison les racines de cette méchanceté de son pays de poètes et de penseurs et est arrivé à la conclusion que ce n’était pas tant la méchanceté que la bêtise qui avait conduit à ce mépris de l’humanité. Bonhoeffer était d’avis que la bêtise était un ennemi plus dangereux du bien que la méchanceté.

Alors qu’il est possible de protester contre le mal, de le dévoiler et de l’empêcher en utilisant la violence, nous sommes sans défense contre la stupidité. Ni les protestations ni le recours à la violence n’ont d’effet dans ce domaine. Les arguments tombent dans l’oreille d’un sourd.

L’homme stupide est satisfait de lui-même. Il n’a aucun doute sur son opinion et l’exprime avec assurance. C’est ce que nous appelons aujourd’hui l’effet Dunning-Kruger. Si, en revanche, il est contredit ou se sent irrité, il devient rapidement violent.

La stupidité comme défaut moral

Selon Bonhoeffer, la stupidité n’est donc pas un « défaut intellectuel », mais un « défaut moral ». Les gens acceptent de devenir stupides. L’augmentation du pouvoir d’un parti, d’une religion ou d’un groupe « infecte » ses membres de stupidité. Même si les gens sont intelligents en tant qu’individus, ils deviennent stupides en tant que groupe. Il s’agit donc d’un problème sociologique plutôt que psychologique.

La solution n’est pas de mettre des faits et des données sous le nez de ces personnes stupides ou moralement défectueuses en espérant qu’elles deviendront intelligentes. Pour résoudre le problème, il faut briser le pouvoir. Pour ainsi dire, ce n’est pas la « libération intérieure » de la stupidité qui vient en premier, mais la « libération extérieure » du pouvoir.

La stupidité aujourd’hui

Aujourd’hui encore, cette stupidité semble plus présente que jamais. Les négationnistes du COVID qui s’enivrent de la puissance de leur volume sonore dans les médias sociaux et dans la rue, ou les pourfendeurs de Poutine qui, là aussi, avec l’aide d’armées de trolls et de bots, se croient plus nombreux qu’ils ne le sont, viennent à l’esprit.

Il ne sert à rien de faire la leçon à ces personnes moralement défectueuses, il faut d’abord les priver de leur pouvoir. Cela peut se faire en éliminant les armées de trolls et en montrant à l’inverse qu’ils sont en minorité.

Cette stupidité du groupe a coûté la vie à Bonhoeffer. Il fut pendu deux semaines avant la libération du camp de concentration de Flossenbürg par les soldats américains.

Dans la vidéo suivante (en anglais), le thème de la stupidité est expliqué de manière claire et avec d’excellentes illustrations de Pascal Gaggelli :

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